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  6. Guilo guilo restaurant.

    Paris 18ème

     
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  8. DSCF0347 on Flickr.

    Via Flickr :
    Paris - Fujifilm x20

     
  9. DSCF0367 on Flickr.

     

  10. Aiguillage

    Le paysage défile sous ses yeux. Nick est dans ce train de banlieue qui le ramène chez lui. Il est 22:30 et la noirceur de la nuit, accompagnée par les balancements du train, le berce.

    Depuis qu’il a déménagé il y a maintenant 1 an, il emprunte quotidiennement le même trajet, les mêmes trains. Mais à chaque fois Nick a le sentiment de redécouvrir les paysages qu’il traverse. Cette soirée va s’avérer encore plus mouvementée qu’à l’accoutumé.

    Ce soir, le train est beaucoup moins fréquenté qu’à l’habitude. Nick n’y prête pas attention. Il est complètement absorbé par Le cimetière du diable, l’Hôtel Pasadena vient de s’effondrer. personne ne semble avoir survécu ..

    Petit à petit, le sommeil l’enlace et lui ferme les yeux. Paisiblement les paysages défilent, trop vite pour ses yeux.

    Le train semble s’être arrêté. la décompression des pistons fermant les portes automatiques résonnent lourdement. Sur le quai, les enceintes semblent diffuser “raindrops keep falling on my head” de BJ Thomas. Nick a l’impression de se réveiller après une semaine de coma. Il parvient difficilement à ouvrir les yeux. Le jeune homme est seul dans le wagon. Le soleil se couche, mais les réverbères éclairent tout de même suffisamment le quai pour que Nick puisse regarder à l’extérieur. Par la fenêtre, il cherche un repère qui pourrait lui indiquer où il se trouve mais tout ce qu’il voit c’est une étendue d’eau,  perdu au milieu d’océan …

    De l’eau à perte de vue. Au milieu de cet océan, le quai de ce train de banlieue est pourtant réel. Le soleil se couchant, l’océan se transforme en un dégradé de couleurs assez hypnotisant. Nick descend sur le quai et se rapproche du bord du quai. Le niveau de l’eau ne semble pas profond car arrivé en tête de train, il parvient à percevoir les rails à travers l’eau.

    “le train est vide, mais la cabine de pilotage est verrouillée et avec ces vitres teintées, je ne vois rien à l’intérieur” pensa tout haut Nick en observant l’avant du train.

    Soudain, un son sec dans son dos fait sursauter Nick, comme des billes qui tombent sur le sol. Un enfant, 10 ans environ ramasse les billes qu’il vient de faire tomber à l’instant.

    - mince encore ces trous dans mes poches .. peste le jeune garçon.

    C’est typiquement l’écolier japonais que Nick a déjà vu dans ces mangas et ces documentaires sur le japon. Un uniforme unicolore composé d’un veston et d’un short court gris foncé. Une chemise blanche avec une petite cravate rouge. Ses cheveux noir font qu’on ne voit pratiquement pas ses yeux. Ils sont d’un gris troublant qui se fondent parfaitement sur ce visage pale.

    L’enfant se redresse et regarde longuement Nick, encore sous le choc.

    - Habituellement, les gens en me voyant rentrent directement se cacher dans le train. Dit le garçon avec un grand sourire embarrassé.
    - Où suis-je ? .. répond Nick après un long silence.
    - Cet endroit n’a pas de nom, mais on l’appel parfois “L’escale”.
    - Qui ça “on” ?
    Le garçon ne répond pas. Il compte ses billes avec une grande concentration.

    - Que suis-je censé faire ici ? Rajoute Nick.
    - Choisir entre deux chemins. Répond le gamin.
    - “Choisir entre deux chemins ..” qu’est ce que cela veut dire ?
    - Toute vie a une fin. Il dépend de tout à chacun de choisir à quel moment le compte à rebours prend fin, à quel moment tu décides de faire le dernier voyage. C’est un peu comme un sablier vois-tu ou comme un réveil ou comme une casserole d’eau qui arrive à ébullition ou comme ..
    - Je crois que j’ai saisi l’idée ..
    Coupe Nick d’un ton franchement sec.
    - Nice, bref, concrètement, si je suis présent à cet instant, c’est pour te présenter la situation.
    Rétorque l’enfant.

    - Et donc les choix sont ..
    Reprend lentement Nick.
    L’enfant soupire.
    - C’est assez simple. Tu as deux issues possibles. Tu peux soit décider de remonter dans le train ou alors d’embarquer dans cette barque à l’autre bout du quai qui te ramènera théoriquement sur la Terre ferme.

    Mais il faut tout de même que tu te rendes compte que .. [L’écolier fourre ses mains dans ses poches puis les retourne, cherchant laquelle des deux poches est la moins trouée. Il est dépité. Reprenant ses esprits, son regard se dirige de nouveau vers Nick] Aucun océan n’est infini, tu trouveras très certainement à l’horizon la terre ferme même si ce n’est pas chose dû. Mais in another hand, en remontant dans ce train, il te mènera certainement quelque part. Un train par définition te conduit forcément d’un point “A” vers un point “B” … [son regard s’est perdu dans le ciel puis revient soudainement vers Nick. Ce dernier dérouté, semble confronté à une de ces formules d’économétrie qu’il tente de comprendre ces derniers temps à la fac. L’enfant reprend alors le cours de sa phrase, avec un rythme de plus en plus lent au fur et à mesure que les mots sortent de sa bouche] Ce train te mènera au prochain arrêt. Ca semble plus direct, plus simple. Qu’est ce que tu en penses ?

    L’enfant se gratte le menton.

    Nick, toujours perdu, cherche quelque chose à dire.

    -  J’ai droit à une barque ou à un train .. [énonce à demi-mots Nick. Cette situation semble irréaliste, comme dans un rêve. Il se sent pourtant bien réel. Il transpire, le vent par intermittence vient souffler dans ses oreilles. L’océan, calme projette calmement ses vagues contre les rebords du quai, amenant cette odeur Iodée assez plaisante. Tout cela semble bien réel. Et il sait déjà quelle réponse il va apporter.]

    - Ecoute bonhomme, je ne sais pas vraiment pourquoi je suis ici mais je ne compte pas rester plus longtemps. Que ce soit un mauvais rêve ou une réalité alternative ou un monde parallèle ou je ne sais quoi, je ne compte pas rester ! Je vais me contenter de remonter dans le train. Je n’ai pas envie de me prendre la tête, d’ailleurs une migraine atroce me démonte le crâne .. [Nick se rend compte qu’il pense à voix haute, l’écolier se contente de l’observer avant de répondre..]

    - Donc si je comprends bien tu choisis le train ? Est-ce que c’est vraiment ton choix ? Tu sais que tu as le droit de prendre tout le temps que tu souhaites pour te décider.

    - Oui .. prononce Nick dans un léger souffle en regardant vers le ciel dont la couleur a viré vers le rose. Le soleil continue lentement son déclin ..
    La fatigue prend le dessus sur son esprit. “J’ai sommeil ..”

    - Si tu en es sûr je n’ai plus rien à faire si ce n’est te souhaiter bon voyage. [Répond le garçon japonais en reprenant un ton très solennel] Mais je veux quand même te donner ma bille préférée. [Avec deux doigts, il attrape une bille au milieu de sa main qui en était pleine et l’amène au niveau de son oeil droit] C’est un “oeil de chat rouge et vert”. Il est beau n’est-ce pas ?

    - hmm en effet .. il est très beau.

    Nick force un sourire. Il lui tend sa main, le garçon y dépose sa bille avec délicatesse et plonge ensuite ses yeux gris clairs dans ceux de Nick qui perturbé par la pureté de son regard vacille avant de s’accrocher à la porte du wagon et d’y monter. L’écolier décroche alors ses yeux de Nick, reculant en même temps de quelques pas.

    - On se recroisera peut-être dans un autre de mes rêves. Lance Nick en reculant de quelques pas de la sortie du wagon. 

    - Je ne crois pas. Répond l’écolier en regardant le sol.

    Le vent souffle une dernière fois aux oreilles de Nick. Une alarme retentit alors, s’en suit le bruit sourd des portes qui se referment.

    "Quel étrange garçon" pense à haute voix Nick en allant s’asseoir sur la banquette la plus proche. La tête posée contre la vitre il regarde le quai s’éloigner de plus en plus. Le garçon japonais n’est déjà plus là ..

    Le train a définitivement quitté cette étrange gare. Nick la voit rétrécir, au milieu de cet étendu d’eau, avant de disparaître au loin, comme si elle n’avait jamais existé. Nick se demande alors si ce qu’il vient de vivre est vraiment arrivé. Il pense se trouver dans cet espace étroit entre le rêve et le réveil. Ses yeux se ferment lentement sur le soleil dont l’horizon ne laisse échapper que des résidus d’un rouge sang.

    Il est 7h30, au milieu du hall principal de la gare St Lazare où la foule ressemble fortement à une fourmilière, une personne ou plutôt un petit garçon marche au ralenti comme en s’il n’appartenait pas à ce monde. Il porte un ensemble gris. Ses yeux si particuliers fixent avec concentration le 20 Minutes.

    "Dans la nuit du lundi au mardi, les membres de l’équipe de maintenance de la ligne RER D ont fait la triste découverte d’un corps dans l’un des derniers trains de la soirée qui finissait son itinéraire à Melun. Il s’agirait selon la pièce d’identité retrouvée sur le corps de Nick Adams, un adolescent de 18 ans qui après enquête était maintenu jusqu’à présent à l’hôpital St Anne sous traitements suite à de graves problèmes cardiaques récurrents depuis son plus jeune âge. L’adolescent aurait effectué une fugue lundi en fin d’après-midi alors qu’il devait de nouveau subir une intervention chirurgicale .."

    Le jeune garçon replia le journal et le jeta dans la poubelle la plus proche. Il fourra ses mains dans ses poches trouées et s’engouffra dans la foule.

    AM

     
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